Le complexe du chimpanzé

Le complexe du chimpanzé

Le complexe du chimpanzé est une bande-dessinée de science-fiction en trois tomes. L’oeuvre est scénarisée par Marazano (S.A.M., Le rêve du Papillon) et dessinée par Ponzio (Genetiks).

Contexte :

Une capsule spatiale tombe dans l’océan Indien à proximité d’un bâtiment de l’US Navy repêchée et ouverte, elle se révèle habitée par deux hommes qui prétendent être Neil Armstrong et Buzz Aldrin, les deux célèbres astronautes appartenant à la mission Apollo XI ayant marché sur la lune le 21 juillet 1969. Le problème ? Nous sommes en 2035, et les deux astronautes en question sont revenus sur terre où ils sont morts depuis longtemps.

Graphiquement : Le dessin figé et réaliste de Jean-Michel Ponzio corrobore parfaitement au scénario alléchant et à l’atmosphère confinée qui s’en dégage. L’influence des photos utilisées en arrière-plan, bien que moins présente dans le tome 3, est une véritable réussite mais réservée aux non-allérgiques à Photoshop (outil informatique de traitement de l’image). Malgré une forte cohérence visuelle, cet aspect ultra-réaliste aux allures d’un roman-photo, ne plaira évidemment pas à tout le monde.

Le scénario : Après avoir étudié la physique et l’astrophysique à la faculté d’Orsay, Richard Marazano débute sa formation en bande dessinée aux Beaux-Arts d’Angoulême et participe à l’atelier Sanzot avec entre autres : Denis Bajram (Universal War) et Christophe Bec (Prométhée, Bunker – voir le billet de Geekologie sur le tome 1 de Bunker).

Bien que nous soyons au plein coeur d’une BD d’anticipation et de métaphysique, le fil conducteur de l’ensemble des tomes se base sur la conquête de Mars et une relation mère, fille sensible. Dès le premier tome, nous comprenons qu’Helen, notre héros et astronaute, est partagée entre son devoir et sa fille. Quelle mère est capable de laisser sa fille seule et livrée à elle-même pour partir sur Mars ? Au-delà de ce constat et en laissant volontairement cette donnée de côté (pas évident car le scénariste revient régulièrement sur la relation) nous pouvons nous plonger dans l’histoire.

Comme le souligne le pitch, une capsule spatiale embarquant Neil Armstrong et Buzz Aldrin – jeunes et vivants – est retrouvée en 2035 au coeur de l’océan Indien. Helen est envoyée sur la Lune afin de comprendre et élucider ce phénomène. L’ensemble de l’ouvrage est construit autour du principe d’incertitude (ou principe d’indétermination d’Heisenberg). En physique quantique, ce principe énonce que, pour une particule massive donnée, on ne peut pas connaître simultanément sa position et sa vitesse. Il nous faut comprendre que, selon l’auteur, la vitesse donnée aux navettes spatiales ne permet pas d’en déterminer la position.

En se basant sur cette théorie (plus qu’un principe), Marazano détermine qu’un objet quantique (étendue à une personne pour le bien du scénario) pourrait être « à plusieurs endroits en même temps ». Dans le complexe du chimpanzé, le scénariste ne s’encombre pas de la courbure espace-temps et des phénomène paradoxaux. Il insiste, comme étayé plus haut, sur la séparation mère,fille et certaines réalisations (scénarios) potentielles basées sur le théorème de l’incertitude. Ces « oublis », probablement volontaires, permettent de vulgariser un théorème quantique peu évident.

Marazano s’essaie néanmoins à une gymnastique philosophique périlleuse : celle de souligner que les astronautes – au travers du théorème de l’incertitude appliqué à leur voyages spatiaux – pourraient être la conscience de l’univers. Les astronautes seraient donc les seuls à appréhender de manière subjective les phénomènes extérieurs ou intérieurs (sensations, pensées) de l’univers et plus généralement justifieraient de sa propre existence.

Ainsi, Le complexe du chimpanzé ne peut se concevoir que dans l’intégralité que constitue son tryptique, les tomes 1, 2 et 3. Que cela soit pour ses planches ultra-réalistes ou son scénario d’anticipation éminemment passionnant et abordable, cette série vaut indéniablement le coup d’être lue.

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